SECRET SPOT

by Apr 5, 2018SPOT, SURF

Le Secret Spot : là où tout commence et où rien ne finit jamais.

Tous les surfeurs sénégalais y font leurs armes. Ados, ils habitent presque là. Plus tard, c’est encore ici qu’ils viennent pour se retrouver et prendre quelques vagues après le boulot. Certains ont même renoncé à travailler pour ne jamais la quitter… La vague du Secret Spot de Dakar peut se vanter de la fidélité de ses amants.

Aussi loin que l’on remonte dans la jeune histoire du surf sénégalais, le Secret Spot a toujours été à la source de chaque génération de surfeurs. A l’image du pays, le lieu a énormément évolué ces dernières décennies, mais il est resté le point de ralliement de tous les locaux, et le point de chute de tous ceux qui viennent en surftrip.

De secret, le spot n’a plus que le nom, héritage d’une époque pas si lointaine où la côte des Almadies était encore vierge et livrée aux chiens sauvages. Tous les plus de 30 ans se souviennent du temps de la brousse, des manguiers, des goyaviers et des singes, quand on pouvait voir la mer à des kilomètres. C’était avant les immeubles de plusieurs étages et la multiplication des restaurants en bord de plage. Ils n’ont pas non plus oublié leurs débuts sur la vague du Secret, les vieilles combis récupérées, tellement trouées qu’il fallait les superposer et les planches waxées à la cire de bougie, avant que Mr Zog n’entende parler du Sénégal.

Depuis, le quartier des Almadies est devenu l’un des plus huppés de Dakar, de grandes entreprises y ont leur siège et les Etats-Unis leur ambassade. La moitié de la côte est construite et l’autre moitié est en chantier. Chaque week-end, des centaines de dakarois se ruent vers les plages des Almadies pour déguster des brochettes de poisson face à la mer et lézarder sur un transat. Tous les gosses du coin se sont mis au surf, et beaucoup se débrouillent pour en vivre grâce au développement du tourisme.

Les vagues, elles, déferlent toujours au même rythme.

Celles du Secret ne sont pas les plus réputées, ferment souvent et saturent dès qu’il y a une grosse houle. Dit comme ça, ça n’a pas l’air terrible mais en réalité, les avantages sont nombreux : d’abord l’exposition du lieu fait qu’il y a presque toujours des vagues, même pas très grosses. Contrairement aux spots alentours, il y a peu de rochers, donc moins de risques et moins d’oursins – le fléau des surfeurs dakarois. Le pic gauche-droite donne des vagues accessibles à tous, de 7 à 77 ans, débutant ou expert, goofy ou regular, en shortboard, longboard ou bodyboard, tout le monde peut s’amuser. Et après une session, se retrouver chez Boldé dans la cabane qui fait face au spot.

Alors que tout autour, les restaurants sont de plus en plus sophistiqués, toujours plus chers et plus sélectifs, le Secret Spot fait figure de dernier repère d’irréductibles, où la terranga sénégalaise est restée intacte. Il n’y a qu’ici que l’on peut voir un diplomate en grande conversation avec un rastaman, ou une maman dont les enfants sont à l’eau, manger à la même table qu’un voyageur en combi Volkswagen – des scènes ordinaires qui ne choquent absolument pas.

Pour autant, personne ne se plaint de l’évolution de la côte – il n’y a jamais eu autant de filles, et les touristes se bousculent pour prendre des cours de surf auprès des locaux. Mais au Secret, les surfeurs sénégalais continuent de faire ce qu’ils savent faire le mieux : ne pas se prendre la tête et cultiver leur liberté.

Share This